Bordel et choses diverses (mais intéressantes)

Des choses et d'autres, des coups de coeur et des coups de gueule, des infos sérieuses et des trucs marrants, du bordel, quoi.

dimanche 27 mai 2007

La Bretagne, ça vous gagne

Je suis bretonne, et j’en suis fière… peut-être un peu trop des fois, voire limite très susceptible sur le sujet (le premier qui me sort « les bretons, c’est des cons », j’lui pète ses dents). gwennhadu

Je n’y ai pourtant passé qu’à peine le quart de ma vie avant d’en être arrachée. Pour les Bretons, je suis lyonnaise. Pour les Lyonnais, je suis bretonne. En gros, je suis de nulle part et de deux endroits à la fois. Mais au fond, dans ma tête, dans mes tripes, je sais d’où je viens. Je viens de là-bas. De ce pays vert et accueillant, chaleureux malgré ce qu’en dit la météo, bordé d’océan, recouvert de prairies (et de vaches), aux formes harmonieuses, ni trop plates, ni trop aiguisées.

À chaque fois que je reviens sur ma terre d’adoption, chaude mais froide, je perds l’accent. J’oublie l’odeur des champs de luzerne. Les couleurs et les souvenirs s’estompent. Même ma famille ne coupe pas à la règle (pour un certain côté de la famille, c’est pas plus mal, cela dit).

Mais je n’oublie jamais le Breizh powaaaaaa !

Quoiqu’en disent les Bretons de Bretagne, c’est mon pays, je m’y accroche comme je m’accroche à ma mère mes convictions, je l’aime comme j’aime manger dormir ma famille (sans parler du côté sombre de la force). Je ne parle pas seulement de ses paysages, ni même de ses merveilles culinaires (me taperais bien une crêpe à l’andouille, d’ailleurs), mais je parle de mentalité. Je parle de façon de vivre. Je n’irais pas jusqu’à dire que les Bretons sont meilleurs que les autres en matière d’art de vivre, mais pour moi, si. Il n’y a que là-bas que je me sente bien, que je me sente chez moi, à l’aise. Comment se fait-il qu’à chaque fois que j’y vais, je fais des dizaines de nouvelles connaissances, même en plein milieu de la rue, alors qu’en 18 ans de vie lyonnaise, j’ai tout au plus trois copains qui se courent après ? Je ne dis pas que je n’aie jamais rencontré personne ici, mais ce que je déplore, c’est qu’une fois qu’on n’a plus besoin de toi, on t’oublie. Les lyonnais dans leur globalité semblent avoir pour devise : chacun sa merde. J’veux bien me saouler un soir avec toi, mais compte pas sur moi pour t’épauler quand t’auras un coup de blues. Ou alors, je sais pas, j’attire tout simplement les cons ?

Ouais en fait faudrait que je réfléchisse à ça, aussi…

Posté par Sunny Suny à 12:21 - Bordel dans le pois chiche - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


samedi 19 mai 2007

Treize. Onze. Mille neuf cent quatre vingt quatre.

1984 : naître. La vie devant soi. La tranquillité derrière soi. Respirer. Pomper l’air. Ce n’est que le début.

1985 : découvrir. Le monde, la mer. Papa, Maman. Papa, pourquoi as-tu fait ça ?

1986 : parler, marcher. Pour pouvoir mieux tomber. Pour pouvoir mieux blesser.

1987 : les voir se séparer. Ne pas savoir avec qui rester. Ne pas avoir le choix de toute façon.

Partir. Pas encore déracinée. Presque.

1988 : s’habituer. Se faire au monde. Se socialiser. Essayer…

1989 : se faire déraciner. Se faire arracher. Ne pas avoir le choix. Pour de l’argent. À cause d’un homme. Perdre sa vie, devoir en construire une autre.

1990 : le subir. Nouveauté qui deviendra habitude.

1991 : la rencontrer. Le subir.

1992 : faillir. Mourir. Le subir.

1993 : s’effacer peu à peu. Devenir invisible. Inexistante. Le subir. Encore, encore.

1994 : descendre inexorablement. Avoir dix ans. Imaginer le commencement de temps nouveaux, tout ça parce qu’on a dix ans. Tomber de haut. Le subir.

Déménager. Se faire arracher de nouveau. Mais respirer un peu mieux. Retrouver de l’espace.

1995 : le voir disparaître peu à peu. Soulagement. Angoisse. Paradoxe.

1996 : le remplacer par un autre. Le Frère. Parasite. Plus vicieux encore. Mauvais augure.

Devenir « femme ». Ne pas le vouloir au point d’en faire reculer l’échéance. Puis redevenir « femme ». Ne pas pouvoir y couper.

1997 : devenir fantôme. Treize. Chiffre heureux, chiffre malheureux. Le rencontrer. Pour le meilleur et pour le pire.

1998 : toucher enfin le fond. Savoir qu’on ne peut pas aller plus bas. Boulet enchaîné aux pieds. Pas d’oxygène. Mourir. Si lentement. Vouloir aller plus vite.

1999 : couper la chaîne. Laisser le boulet au fond et remonter. Injuste. Humain. Respirer. Espérer.

Etouffer de nouveau. La mort. La perdre. Joyeux Noël. Bonne année. Connard.

2000 : trahison. La voir pleurer. À cause de son père. À cause de son frère. Pour de l’argent ! Parasites. Profiter de sa mort. La voir pleurer, putain, et ne vouloir qu’une chose : les crever un jour. Devenir une meurtrière au même titre qu’eux. Hérédité…

2001 : s’offrir pour de mauvaises raisons, de la mauvaise façon. Aux mauvaises personnes. Faire comme si. Vouloir y croire.

Marquer son corps à vie. Appartenance à soi-même.

2002 : s’abrutir. Ne plus penser. Rire bêtement. Aimer ça. Mais détester. Détester tout ce qui bouge. Tout ce qui ne bouge pas. Tout.

Rage. Les faire disparaître. Effacer ces gènes qui pourtant se multiplient en soi. Honte. Dégoût.

2003 : s’aliéner. Décadence. Folie.

Se décomposer. Absences. Phobies.

Se battre.

Couler. Remonter. Se faire couler.

Le rencontrer. Lumière au bout du tunnel. Béquille, pilier. Mains qui tirent hors de l’eau. Ramènent à la vie.

2004 : être écoutée. Aimée. Pas forcément comprise. Juste écoutée. Ça suffit. Y croire.

La vie peut enfin commencer. On naît à vingt ans.

2005 : mourir encore. Souffrir, se faire ouvrir. Sans anesthésie, pas la peine. L’habitude. Mais ça fait mal. Ne pas pouvoir respirer.

Tuyau. Boîte. Lit.

Lit. Séquelles. Récidives.

Traumatisme. Faute. Début de la fin.

Corps meurtri.

Corps banni.

Corps pourri.

Fardeau.

2006 : nager. Brasse, crawl. Nager vers l’avenir. Boire la tasse. Changer de direction. Fatiguer. Se reposer sur une île et repartir.

Embolie.

Rencontre. Ou plutôt découverte. Redécouverte de soi dans l’autre. Redécouverte de l’autre en soi. Fusion.

Vingt-deux. Double de onze.

Onze. Union de deux un. Mais pas deux. Plus complexe. Plus fort car plus fragile, plus fragile car plus fort.

2007 : 1er janvier.

23 février.

27 avril.

18 mai.

Flash-back.

En attente de la suite.

Posté par Sunny Suny à 12:19 - Bordel dans le pois chiche - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 12 mai 2007

Du rêve à la réalité... ça serait bien qu'il n'y ait qu'un pas

Quand je serai grande, je voudrais être écrivain. Pas de ces minables petits auteurs sans imagination et sans style qui courent après les éditeurs avec leur grosse tête et leurs chevilles enflées. Pas de ces pseudo-intellos qui passent à la radio pour raconter des bla-blas qui se veulent hautement philosophiques mais qui au fond ne signifient pas grand-chose, à part l’étalage médiocre d’une culture acquise devant la télé en révisant leurs cours de Sciences Po. Pas de ces gens qui se croient au-dessus de la norme tout ça parce qu’ils arrivent à chier quelques phrases savamment syntaxées que seuls d’autres pseudo-intellos peuvent comprendre (ou faire semblant de comprendre). Je voudrais être une grande parmi les grands (ouais, rien que ça), faire rêver ou frissonner d’une simple suite de mots, sans utiliser les grands discours qui veulent faire réfléchir, seulement prendre au tripes et laisser la raison de côté.

Parce que pour moi, un bon livre, un bon auteur, c’est celui auquel on s’attache sans vraiment savoir dire pourquoi. C’est celui qui, même après les dernières lignes, laisse son empreinte au plus profond du lecteur et le hante jusqu’à ce qu’il trouve plus prenant encore.

Même si j’ai aimé des dizaines de livres, je ne peux pas vraiment dire que beaucoup d’auteurs m’aient réellement fait cet effet-là. C’est difficile d’avoir ce talent, et même si je ne prétendrai pas l’avoir, j’admets avoir espoir, un jour, de toucher un lecteur, comme par exemple Virginie Despentes ou Stephen King l’ont fait avec moi. Et encore, ils n’y arrivent pas à tous les coups, alors que j’ai une totale confiance en eux.

Et dans mon cas, lire et écrire sont aussi importants l’un que l’autre, et fonctionnent sur les mêmes bases. Quand je lis, je veux être totalement absorbée par l’univers, sinon ça ne colle pas, ça n’accroche pas, et même si je termine, parfois difficilement, le livre, il me restera un arrière-goût de déception, de promesses non tenues, de temps perdu… Lire un livre n’est jamais du temps perdu, s’il est un tant soit peu intéressant, mais plus on lit, plus on devient exigent sur la marchandise, et malheureusement plus il devient difficile de s’en sortir vraiment satisfait.

Quand j’écris, c’est pareil. Si je m’absorbe dans mon histoire, alors c’est bon. C’est fou comme on peut parfois s’attacher à certains personnages, au point d’avoir l’impression qu’ils vivent réellement, alors que ce ne sont que des mots sur du papier, des personnalités imaginées, construites de toutes pièces, et parfois tout à fait improbables. Mais si au bout du compte, après avoir pondu dix pages au prix d’efforts inconsidérés pour mettre les mots les uns à la suite des autres, tout ce qu’on ressent c’est de la frustration, alors ça sert à quoi ? Personnellement, ça me déprime. Et dans ces cas-là je préfère encore ne pas écrire…

C’est pour ça que publier simplement un best-seller qui me rapportera des mille et des cents, ça ne m’intéresse pas. Oh oui, c’est sûr, ça serait bon pour mon ego… et surtout pour mon porte-monnaie. Mais j’aimerais avant tout laisser mon empreinte dans les tripes, les tourner, les retourner et les tordre. Parce que le seul moyen de véhiculer des émotions c’est de donner les siennes, c’est de se donner soi. S’éclater, quoi. Alors si je faisais partie des « grands » comme je les entends, ça voudrait tout simplement dire que j’ai abouti à ma plus grande ambition : écrire avec tout ce que j’ai, et pas seulement mes doigts et mon pois chiche.

Posté par Sunny Suny à 18:59 - Bordel dans le pois chiche - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1